Le forum des affaires OPINION
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Travailleurs étrangers
Quand le gouvernement nous met des bâtons dans les roues
Frederic AlbertPrésident de Fredac Corporation et actionnaire de trois entreprises manufacturières
Depuis quelques semaines, il est régulièrement question dans les médias des immigrants et des travailleurs étrangers. J’ai d’ailleurs été interpellé par le texte de Rima Elkouri publié récemment1.
Je suis un entrepreneur de 47 ans, qui possède trois entreprises manufacturières situées à Laval, Belœil et Victoriaville et qui comptent plusieurs dizaines de travailleurs étrangers dans leurs rangs, sur un total de 260 employés.
Le 20 août dernier, François Legault déclarait en entrevue qu’il connaissait bien les entrepreneurs et que ceux-ci recherchaient de la main-d’œuvre à bas prix. Le taux de syndicalisation au Québec est de plus de 40 %, les employeurs doivent appliquer les conventions collectives, et ce, peu importent la provenance et la nationalité de l’employé. Ce n’est pas du tout ce que j’appelle de la main-d’œuvre à bas prix.
Du côté du fédéral, le premier ministre Justin Trudeau a récemment mentionné ceci : « À ceux qui se plaignent de la pénurie de main-d’œuvre, il n’y a pas de meilleur moment pour investir et pour embaucher des travailleurs canadiens. »
De tels propos m’offusquent au plus haut point et sont complètement déconnectés de notre réalité. Je vous confirme qu’il est impossible de trouver des travailleurs canadiens, sinon, nous l’aurions déjà fait !
Nous avons dû embaucher une gestionnaire qualifiée, qui parle trois langues, afin de gérer et d’encadrer nos travailleurs étrangers : transport, permis, logement, bureaucratie, etc. Ça demande beaucoup de temps ! C’est assurément moins dispendieux de recruter des travailleurs québécois et, croyez-moi, pas mal moins compliqué, encore faut-il les trouver.
Des cours de français annulés
Et comble de malheur, en raison d’une impasse budgétaire absurde au ministère de l’Éducation du Québec, des centaines d’immigrants inscrits à des cours de francisation ont vu leur rentrée annulée ! Plusieurs de nos employés qui croyaient être en mesure de poursuivre leur apprentissage de la langue se sont vu refuser l’accès aux bancs d’école faute de places.
D’une part, on leur demande de s’intégrer et d’apprendre notre culture et notre langue, mais de l’autre, nous sommes incapables de leur offrir ce service ! À bien y penser, la seule vraie utilité de notre gouvernement, c’est de donner des cours de français, car tout le reste repose sur les épaules de l’employeur, que ce soit en termes de coût, en gestion de risque, en organisation ou en temps. On doit leur trouver des logements, leur fournir du transport et remplir la paperasse administrative. Ce ne sont assurément pas pour ces raisons-là que je me suis lancé en affaires…
À partir du moment où le gouvernement connaît les besoins en matière de francisation, il devrait être en mesure de les combler. Comble du ridicule, mes travailleurs étrangers touchés par ces mesures ont reçu une lettre de leur commission scolaire qui débutait par : « Nous espérons que cette lettre vous trouve en bonne santé et de bonne humeur »…
Le Québec n’est pas du tout en bonne santé ni de bonne humeur ! Nous sommes plutôt inquiets de l’inaction de nos gouvernements.
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